SÉMINAIRE AU CNAM : 2020

 

Trois sessions de formation :

À Paris

À Clermont-Ferrand

À Bruxelles

 

« Autour de l’enseignement et de la transmission de la psychanalyse aujourd’hui
et de sa place dans la Cîté »

 

Avec la collaboration du MESC

 

Argument :

La question est posée : « Pourquoi la psychanalyse, sa transmission et son héritage nous semblent importants et toujours pertinents aujourd’hui, même s’il s’agit de prendre en compte que la société du XXIe siècle n’est plus celle de Vienne en 1900.
Dans la clinique telle qu’elle est repérée dans la société contemporaine, pourquoi la psychanalyse a-t-elle toujours sa place tant au plan médical qu’au plan social dans la cité ? »
La psychanalyse reste une théorie de l’appareil psychique et la médecine s’adresse bien à des êtres humains, autrement dit à des êtres parlants. Voilà pourquoi nous souhaitons soutenir ce séminaire à partir de la question « qu’est-ce que le fait de parler implique ? »
Car effectivement, le monde contemporain, essentiellement accordé au monde de la science dans sa version vulgaire, se pense d’abord comme opératoire, se veut efficace et débarrassé de tout impossible. Il semble donc dans le même mouvement dénier ce qui constitue pourtant le trait définitoire de l’espèce humaine, à savoir qu’il est, comme aimait à le dire Lacan, « parlêtre », être parlant.
Nous sommes en effet tous, femmes et hommes, malades de la parole, bien au-delà de nos maladies. C’est bien viala parole que nous retrouverons la singularité du patient. La médecine devenue scientifique depuis deux siècles est passée d’un art de guérir à une science de guérir, ainsi que le déclarait à juste titre Claude Bernard.
Cela dit, il nous faut penser que ce faisant, nous sommes passés d’un art de guérir les malades à une science de guérir les maladies.
C’est parce qu’il s’agit de rappeler qu’il s’agit néanmoins toujours de malades, qu’il nous faut réintroduire en médecine la psychanalyse comme la discipline qui s’est donnée comme objet d’étude ce qui constitue un sujet dans sa singularité.
Quelle lecture pouvons-nous faire aujourd’hui du symptôme, c’est-à-dire « ce qui ne va pas » pour les sujets contemporains ? Les catégories du Symbolique, du Réel et de l’Imaginaire peuvent-elles en permettre une lecture renouvelée ?
Alors que la psychanalyse a inspiré et initié une libération des sujets au début du XXe siècle, il semble que la société, aujourd’hui, s’est soutenue des vœux de la psychanalyse pour favoriser un individualisme prêt à tous les affranchissements, y compris ceux d’une quelconque dette ou devoir à l’égard de la collectivité. Le champ social, qui tente aujourd’hui de s’égaler avec celui de la science, met l’idée d’un tout possible à notre portée ; de ce fait, il n’apparaît plus comme un moyen de traiter la jouissance en excès au profit du désir, mais au contraire comme un moyen de servir la jouissance au détriment du désir.
Manière de parler du réajustement du « malaise dans la civilisation » dont parlait Freud.
Plus que jamais, dès lors, la psychanalyse a la charge d’éclairer l’évolution et les enjeux sociétaux de la clinique actuelle :

–          Angoisses et dépressions,

–          troubles du comportement,

–          facilitation, voire multiplication des actes – ou des paroles – de violence,

–          généralisation de l’addiction toxicomaniaque – quel que soit l’objet choisi – qui touche des sujets de plus en plus jeunes,

–          désaffiliation généralisée et désymbolisation dont les Burn-Out de tous ordres sont souvent l’expression en extension.

Devant ces impasses nouvelles, des traitements qui sont aujourd’hui prônés participent à accentuer la précarisation des sujets en ignorant ou déniant la part de leur subjectivité qui y est engagée, en rendant anonymes les traitements viaune marchandisation des savoirs, leur réduction à des protocoles qui ne peuvent qu’entraîner une instrumentalisation de la parole et une contractualisation des rapports sociaux au mépris de la prise en compte singulière des sujets et au risque de les inviter encore davantage à une addiction généralisée.

À propos de l’enfant :

S’il est vrai que la psychanalyse a révolutionné le discours sur l’enfance en introduisant l’idée d’une sexualité infantile qui prélude à la compréhension de celle de l’adulte (Freud et Lacan, Melanie Klein, Winnicott, etc.), et qu’elle a surtout permis que soit reconnu à l’enfant qu’il ait une parole, qu’il soit d’emblée potentiellement un sujet à part entière (Dolto).
Il s’agit aujourd’hui d’interroger les points suivants :

–          La place de l’enfant aujourd’hui face aux mutations actuelles de la famille et les prescriptions normatives :

Il s’agit d’aborder ce qu’il reste de la famille dans sa dimension de structure culturelle ; qu’est-ce qui lui donnait sa légitimité et son autorité dans la transmission ? En dispose-t-elle encore de la même façon ? Est-elle toujours une pièce si indispensable à la construction du sujet alors que s’installent le pouvoir des appétits et la mise en avant des libertés sans frein ? S’agit-il toujours de refréner la jouissance ? Et qui pour assumer ladite tâche ?

–          Par quelle instance s’opère la sexualisation de l’enfant aujourd’hui ?

–          Que penser de la multiplication de tous ces symptômes appelés « dys… » (dyslexies, dysphories, etc.) et des difficultés rencontrées par les enfants dans les apprentissages ?

–          Y a-t-il une clinique contemporaine particulière liée à l’émergence des nouvelles technologies (Internet, jeux vidéo, les écrans, etc.) ?

–          Comment aborder aujourd’hui ces enfants tyrans qui échappent à toute autorité et le burn-out des parents qui s’ensuit ?

–          La protection de l’enfance : initiée et soutenue depuis 1945 par la psychanalyse, n’est-elle pas aujourd’hui malmenée ?

La clinique de l’institution et du social

Il s’agit en plus de penser comment la psychanalyse contribue à l’organisation de la vie collective. Elle est en effet capable de mettre en évidence les ressorts structuraux qui permettent à une institution de fonctionner le plus démocratiquement possible. Sans perdre de vue l’irréductible nécessité de la prévalence du collectif pas plus que l’indispensable reconnaissance de la singularité. C’est un nouveau mode d’organisation de la société – fût-ce au travers des institutions de soins – qu’elle est capable d’éclairer sans céder aux apparentes solutions que sont aujourd’hui les références au management, et le contrôle viales algorithmes et les évaluations de toutes sortes.
Travailler ensemble se fait aussi en parlant et il s’avère nécessaire de mettre en place ce qu’implique la possibilité d’une parole engagée aussi bien que capable de supporter le débat et de se soumettre à l’autorité qui s’en dégage.

En résumé, il s’agit d’apporter à ce séminaire, en partant du réel clinique, les concepts de la psychanalyse susceptibles de maintenir ouvertes les perspectives qui font de la médecine – dans sa pratique privée autant que dans sa pratique hospitalière, dans sa clinique concrète autant que dans le travail de prévention qui peut s’en soutenir – une discipline qui reste toujours d’abord au service des êtres humains parlants qu’elle prend en charge.